Conduite des hostilités

En 1998, la Croatie a ratifié la Convention sur l’interdiction des mines antipersonnel. Dès lors, elle a entrepris différentes activités de déminage et est parvenue à éliminer de nombreuses mines terrestres antipersonnel de son territoire. Le fait que la Croatie se soit conformée à ses obligations en application du DIH s’explique par différents facteurs, parmi lesquels : une prise de conscience que ces activités auront certainement un effet bénéfique sur le pays et des conséquences positives à long-terme – pour le développement socio-économique du pays, par exemple ; et un soutien et des pressions politiques extérieures émanant d’une grande diversité d’acteurs, notamment d'États tiers.
Pendant le conflit armé qui a opposé le Sri Lanka et les Tigres de libération de l’Îlam Tamoul (LTTE) jusqu'en 2009, les parties et les organisations internationales ont travaillé ensemble à l’enlèvement des mines antipersonnel. De nombreux facteurs semblent avoir influencé cette initiative générant le respect du DIH, notamment le soutien de tiers neutres et la volonté de consolider la paix et la stabilité dans le pays et la région.
En 2009 et dans le cadre des opérations menées en Afghanistan, le commandant de la Force internationale d’assistance à la sécurité de l’OTAN a publié une Directive tactique visant à réduire les dommages collatéraux. Il s’agissait en effet d’un enjeu opérationnel, le soutien de la population étant considéré comme décisif pour l’issue du conflit. La directive a permis à la fois de renforcer la sécurité et de réduire le nombre de pertes civiles. En 2016, deux anciens militaires haut-gradés ont préconisé d’étendre ces mesures à tous les conflits actuels.
La cellule de suivi des victimes civiles (CCTC) a été créée au sein de la Force internationale de sécurité et d’assistance (FIAS) de l’OTAN en Afghanistan en 2008, pour collecter des données relatives aux victimes civiles. Après avoir instauré ce mécanisme, de nouvelles directives tactiques et des recommandations ont été publiées par la FIAS et l’OTAN, pour s’efforcer de réduire les dommages collatéraux. Ainsi, l’année suivante, le nombre de pertes civiles causées par les frappes des forces pro gouvernementales était nettement en baisse. Dans cet exemple, le respect des principes du DIH peut s’expliquer par les pressions internationales exercées et l’influence de l’opinion publique, mais aussi par la nécessité de « réagir aux accusations ».
Lors de la planification des attaques en Irak en 2003, les forces aériennes américaines et britanniques ont limité le risque de pertes civiles en ayant recours à la modélisation informatique pour évaluer les dommages collatéraux, mais aussi en modifiant leur processus de ciblage et en améliorant les armes et technologies utilisées. Cette initiative semble avoir été prise après avoir « tiré les leçons des conflits précédents » et avoir pris en compte les risques que ces dommages collatéraux représentaient au regard des intérêts militaires.
En 2011, la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM), qui recevait l’appui du gouvernement somalien dans la lutte contre al-Chabab, a institué une politique relative aux tirs indirects, qui a permis de réduire les dommages collatéraux au sein de la population civile. Pour mettre en œuvre cette nouvelle politique, de nombreuses mesures ont été mises en place par l’AMISOM, parmi lesquelles la création de zones de sécurité et la mise en place de restrictions sur les modalités d’utilisation de certaines catégories d’armes. Cette politique, qui respectait les principes du DIH, a également représenté un intérêt militaire pour l’AMISOM, en renforçant peut-être « l'adhésion du peuple » à ses positions.
En 2011, le ministère libyen de la Défense a chargé le Centre libyen de lutte antimines (LMAC) de s’occuper de la gestion du déminage. En 2013, le premier site de stockage de munitions a été construit à Misrata, sous la supervision de la Libye et des Nations Unies et grâce aux fonds du gouvernement suisse. De plus, des mesures supplémentaires avaient été mises en place entre temps afin de retirer les restes explosifs de guerre. De nombreux facteurs ont pu jouer en faveur du respect de ces obligations énoncées par le droit humanitaire, parmi lesquels la possibilité de gagner en reconnaissance sur le plan politique et la capacité à réconcilier une population divisée.
Dans la ville de Gao, en 2013, un commandant des forces de l’armée française a pris la décision d’utiliser des calibres 30 mm, au lieu d’un hélicoptère équipé de missiles, pour détruire un poste de police passé sous le contrôle de l’ennemi, considérant que le recours à des Euromissiles HOT en zone urbaine présentait un risque de dommages collatéraux trop élevé pour les civils. Cet exemple de respect des principes du DIH semble avoir aussi présenté un intérêt militaire pour les forces armées françaises, en contribuant à rendre leurs opérations plus légitimes auprès de la population locale.
Durant le conflit armé qui l’opposait au gouvernement du Soudan, le Mouvement/Armée de libération du peuple soudanais (SPLM/A) s’est engagé à interdire totalement les mines antipersonnel, en adoptant, en premier lieu, une résolution, puis en signant un Acte d’engagement. En 2002, il a signé un Mémorandum d’entente avec le gouvernement du Soudan et le Service de l’action antimines des Nations Unies (UNMAS) afin d’entreprendre des actions de déminage. À la suite de l’indépendance du Soudan du Sud, le SPLM/A, alors à la tête du pays, a favorisé la succession du Soudan du Sud à la Convention d’Ottawa et a poursuivi son travail de déminage du territoire.